Appendices

Bien que fantasmatique, ce récit est ancré dans des réalités géographiques, historiques et personnelles bien précises. À l'origine, je ne voulais pas trop en dire, situant l'histoire dans la ville miroir d'Ellivret Sam, afin de laisser le plus de place possible à l'imaginaire personnel du lecteur. Mais dernièrement, presque dix ans après l'avoir écrit, j'ai eu envie --- pour le simple plaisir de la chose --- de me replonger dans l'histoire et d'établir l'itinéraire précis (et réel) que je me suis imaginé en l'écrivant. Je vous le présente ici sous forme de carte annotée.

C'est anecdotique, mais en le faisant je me suis dit que c'est peut-être pertinent de démontrer que même à notre époque, dans une banlieue que beaucoup qualifient de laide, ennuyeuse, bourgeoise, stérile, que sais-je encore, il est possible pour quelqu'un d'être inspiré par l'endroit où il vit, et qu'avec l'Imaginaire on peut transfigurer le banal en un matériau plus significatif, plus vibrant.

Cette histoire représente beaucoup pour moi, que ça se sente ou pas, que j'aie réussi à le véhiculer ou pas. C'est un hommage multiple, fait à l'Imaginaire, à l'Automne, à l'Halloween, au Passé, aux Morts, à l'enfant que j'ai été, et aussi à cette ville (McMasterville) où j'ai vécu pendant 21 ans de ma vie, ainsi que les autres petites localités environnantes qui --- au niveau psycho-géographique --- sont un peu comme de la "famille agrandie", soit Beloeil, ainsi que St-Hilaire et Otterburn Park, de l'autre côté de la Rivière.

Pour finir, un petit historique qui peut possiblement enrichir la lecture de mon histoire. (Je n'étais pas au courant de tout ça, quand j'ai écrit cette histoire fin 1997 / début 1998.)

  • C'est en 1848 qu'a été construit le pont ferroviaire qui relie Beloeil et Mont-St-Hilaire (le pont que Mortifer traverse au début du récit).
  • Au printemps, les débordements de la rivière Richelieu sont fréquents, causant des dégâts importants dans McMasterville, Beloeil et St-Hilaire. Les plus importants débordements ont eu lieues en 1849, en 1936 (à peu près en même temps que l'inondation de la rivière Merrimack qui a tant marqué Jack Kerouac, et qu'il a raconté de façon si magistrale dans son Doctor Sax), en 1963, et en 1976.
  • Le 29 juin 1864, à Beloeil, sur le pont ferroviaire mentionné précédemment, a lieu le plus grand accident de chemin de fer de l'histoire du Canada. Bilan: 99 morts, dont 97 immigrants allemands.

  • En 1874, dans l'extrémité ouest de Beloeil, mise en exploitation d'une briqueterie.
  • En 1878, afin de subvenir au besoin croissant d'explosifs requis pour construire la "Canadian Pacific Railway", cette briqueterie est transformée en usine d'explosifs par la compagnie Hamilton Powder.
  • En 1897, on inaugure le pont reconstruit entre Beloeil et St-Hilaire.
  • En 1900, un service de bac de traverse est établi entre Belœil-Station (partie ouest de Beloeil qui deviendra McMasterville par la suite) et St-Hilaire (la portion qui deviendra Otterburn Park dans les années '50). (Incidemment, c'est à peu près au même endroit que Mortifer traverse la rivière sur son bateau gonflable.)

  • En 1910, fusion de plusieurs grandes compagnies (dont la Hamilton Powder), ce qui donnera la Canadian Explosives Company (CXL). (Fournisseur principal du "Canadian Expeditionary Force" pendant la Première Guerre.)
  • En 1913, une explosion survient à la CXL, tuant sept personnes.
  • En 1914, le village de Beloeil devient ville.
  • En juillet 1915, explosion puis incendie à la CXL, tuant huit personnes et en blessant huit autres.
  • En 1917, constitution de la municipalité de McMasterville à partir d'un détachement de la ville de Beloeil. On fonde la ville pour accueillir les travailleurs de la CXL. C'est William McMaster, premier président de la compagnie, qui inspire le nom de la ville.
  • Le 15 mai 1920, le bac faisant la traverse McMasterville / St-Hilaire (Otterburn) chavire. Trois passagers ont failli se noyer et deux voitures se sont retrouvées au fond de la rivière. (Encore une fois, à peu près là où j'ai fait traverser Mortifer en bateau gonflable.)
  • Dans les années '20, la CXL diversifie ses activités, se mettant à produire des peintures, des vernie, du plastique, et en 1927 le nom fut changé pour Canadian Industries Limited (CIL).
  • En 1941, la Defence Industries Limited (une subdivision de la CIL), ouvre une usine de munitions à Verdun, employant au plus fort de la Guerre jusqu'à 6800 employés. (Spéculation: C'est peut-être à cette usine que ma grand-mère Stella Legault a rencontré mon grand-père Léo-Paul Turgeon alors tous les deux ouvriers de Guerre, ce qui étrangement viendrait relier l'usine de Verdun --- ville où ont vécu mes grands-parents, où est née ma mère, où j'ai vécu de 1976 à 1978 puis de 2000 à 2004, mes deux premiers enfants y ayant été conçus, là aussi où ma Compagne est née et a longuement vécue, sans parler de sa famille à elle… --- à celle de McMasterville, là où j'ai vécu de 1978 à 1999).
  • En 1941, c'est à l'usine CIL de McMasterville que --- par accident --- on découvre un nouveau procédé permettant d'augmenter la production de TNT de 16 tonnes par jour à plus de 50 tonnes par jour, ce qui a grandement aidé à régler la pénurie de TNT qui survint en 1941-42.
  • En 1942, les propriétaires du bac de traverse cessent d'effectuer des voyages, l'entreprise étant déficitaire. Le service reprendra éventuellement dans les années '50, à la demande d'habitants d'Otterburn Park devant se rendre quotidiennement à la CIL pour y travailler.
  • Apparemment, l'usine CIL de McMasterville a alimenté les États-Unis en Napalm durant la Guerre du Vietnam (1959-75).
  • En 1975, explosion à la CIL, entraînant cette fois la mort de huit personnes, et en blessant sept. La déflagration est si puissante qu'elle cause des dégâts à des kilomètres à la ronde. On qualifie cet incident de "pire explosion en temps de paix au Canada". (On m'a personnellement raconté que des débris humains se sont retrouvés de l'autre côté de la rivière, à Otterburn Park, et que les fenêtres de plusieurs maisons situées près de la CIL ont été fracassées.)
  • En 1975 toujours, on construit le Mail Montenach, à Beloeil.
  • En 1988, une explosion se produit à la CIL, tuant une personne.
  • Début 1998, la Crise du Verglas frappe durement la région.
  • Le 11 septembre 1998, l'usine d'explosifs cesse toute production. (Aujourd'hui, l'usine a été démantelée, les bureaux ont été convertis en foyer pour personnes âgées, et ce grand espace semi-boisé que nous appelions le "parc de la CIL" a été remplacé par des développements de condominiums.)


5 commentaires:

The Swamp's Song a dit...

Pour toi ce soir, Ellivret Sam,
et pour ton magnifique Devoir:
cinq étoiles dorées dans le ciel magique mais diabolique de CIL;
Quelques allures d'amitié réelle
parmi tes amours locales...
Et pour que Mortifer vive encore longtemps dans tes histoires:
des oiseaux pris aux ailes brisées,
des petits chats roux aux grands deuils évaporés,
des sourires apprivoisés de ton gentil jeune Écureuil,
et non plus jamais de drames
en dessous, ou sur les ponts...

Merci pour cette si belle histoire

Elquidam, en toute amitié

Aimon a dit...

Loin d'être un devoir... plutôt... quelque chose comme un retour sur soi, presque obligatoire, pour tout mettre en ordre avant... avant je-sais-pas-quoi.

Merci pour le passage.

The Swamp's Song a dit...

Les passages...secrets, peut-être les plus compliqués, mais aussi les plus beaux...

Anonyme a dit...

Bonjour,

Mon père a travaillé à la C.I.L en 1973 ou il était méchanicien des équipements.

J'suis moi même fabricant d'explosifs pour une société, et j'suis fière de ma descendance de la C.I.L

J'aurais bien aimer documentée l'histoire de l'usine, il y a tellement d'information éparpillée et des artéfact qui traîne ici et la ou enfouillie sur le site même!

Mais bon qui sait avec le temp, un ouvrage de lecture ou même un musée sur la CIL vas naître!

Jérôme

Aimon a dit...

Bonjour Jérôme.

D'abord, merci pour ton commentaire. Ça me montre que je n'ai pas fait tout ça pour rien. Ce n'était pas évident de compiler cette petite chronologie, car comme tu le mentionnes tout ça est éparpillé. J'ai peut-être commis des erreurs, mais j'ai fait de mon mieux.

Je ne sais pas si tu as vu de quoi ça a l'air maintenant, mais c'est comme si ça n'avait jamais existé. Et c'est dommage, étant donné l'importance qu'a eue cette Usine dans l'Histoire de la ville et même de la région.

Merci du passage.

Simon